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Vincent Frering: loyauté, stabilité, et détermination

Une écoute attentive, appliquée, une ouverture d’esprit immédiate. Peut-être s’est-il replongé dans un autre temps, celui où étudiant en médecine, il découvrait la chirurgie en compagnie de mon papa, avec lequel il a assuré des aides opératoires pendant deux années. Ce passé certainement présent encore, lui a donné l’attention nécessaire à un projet qui m’anime : réconcilier l’entreprise créative et les soignants et promouvoir cet état d’esprit. Il en est un exemple éloquent. Cette activité parallèle d’aide opératoire chirurgical (aujourd’hui officiellement interdite par les pouvoirs publics… bien dommage, il y avait tant de demandes !) lui a d’abord permis de subvenir à ses besoins, car même si l’université française reste accessible encore à tous, car il fallait bien dormir, se vêtir et se nourrir. Il y a découvert alors la chirurgie, les femmes et les hommes qui la faisaient et qui la font encore, et la structure dans laquelle elle était faite : la clinique du Parc à Lyon, première structure libérale entièrement dédiée à la chirurgie orthopédique et traumatologique. D’origines modestes et cultivées, avec la passion de l’excellence, dans une atmosphère où l’on ne ménage pas sa peine pour réussir. Discret sur l’origine de ses parents, fonctionnaires dans l’enseignement, une mère professeur des écoles, et un père psychologue en établissement éducatif fermé (charges très lourdes). Des liens discrets avec l’entreprise aussi, mais plutôt tenaces : un grand père libraire en gros trop tôt disparu, menant grand train de vie à Aix-les-Bains, dont la fréquentation était parfois mal vue par ses parents. Une scolarité d’une grande excellence mais un passage compromis en classes préparatoires aux grandes écoles, point d’orgue de la réussite académique à la française. Un bulletin scolaire aux résultats éloquents mais point de sélection de sa candidature . La Raison en était simple : attitude déplorable avec ses professeurs lui valant d’être écarté de la bonne pile des dossiers, celles des futurs taupins du Lycée du Parc, établissement émérite. Probablement la meilleure des choses qui ait pu lui (et nous) arriver ! J’irai jusqu’à dire qu’il n’aurait pas tenu bien longtemps, comme certains… car le développement personnel et la connaissance de soi-même ne sont pas au programme des classes prépa’. Le formatage des esprits prépare des formules 1 suivant des spécifications telles que la course devient un peu ennuyeuse, manquant de chaleur humaine faisant les belles aventures de camaraderie entrepreneuriale (cf F.Malavieille, R.Guyot, H.Cuche, Ibrahim Bah-Clozel… in Soignantrepreneurs.com). Comment un esprit leader, novateur et un maker au sens propre du terme (la chirurgie se fait encore à la main, avec nos deux effecteurs biologiques d’extrémité sans pareil dans le monde de la robotique) aurait-il pu se caser dans un tel cheminement ?

On aurait pu imaginer le pire… ou le meilleur !

De même, Vincent révisait son anatomie avec des modèles en carton réalisés de ses mains, de même il aurait pu révolutionner l’organisation des révisions et de l’enseignement en taupe. Sans pour autant révolutionner le management du Lycée, quoique… Un accident de moto le cloue au lit pendant 3 mois durant sa première année, et qu’à cela ne tienne : il échoue d’une place à son premier concours, pour revenir classé en deuxième position l’année suivante. Et il enchaine la réussite jusqu’à son apprentissage de la chirurgie viscérale (notamment hépato-bilio-pancréatique) auprès du Pr Partensky, qui avait pressenti en lui un esprit novateur. Trop peut-être… D’une habileté chirurgicale hors pair, Christian Partensky était redouté sur le plan humain, pour son amour des actes parfaitement exécutés mais aussi pour sa dureté envers ses pairs. Une attitude de leadership comme une autre, aujourd’hui remise en question par les organisations non pyramidales. Il avait pressenti le développement de la chirurgie cœlioscopique de l’obésité, chirurgie appelée bariatrique, et induit Vincent sur ce chemin… Il fallut négocier âprement avec la direction de l’hôpital pour se donner les moyens de faire les vingt premiers cas jusqu’à ce que le chef de service siffle la fin de partie pour des raisons que seul lui connaissait. Bien entendu, les diplômes universitaires s’enchaînent… Mais comment imaginer la largeur d’esprit et le dynamisme de Vincent Frering confronté au conformisme universitaire ambiant ? Installation en libéral logique : établissement Saint-Anne Lumière puis à la Clinique de la Sauvegarde, dans le cadre d’une longue et fidèle amitié avec David Dejour (esprit créatif lui aussi). Développement rapide d’un premier pôle de chirurgie bariatrique début 2000 et constatation d’un problème sur les anneaux gastriques disponibles à l’époque : « il y avait ceux qui glissaient et ceux qui faisaient des trous dans l’estomac ».

Rapide synthèse des deux, partenariat avec des entreprises régionales de silicones, premiers essais in vivo puis marquage CE et début d’utilisation commerciale avec succès. Création de MID-Med avec des associés d’origine très diverse qu’il sait embarquer sur ce projet (leadership et communication). Une «armée mexicaine » dont il reste aujourd’hui un expert comptable et un assureur, avec une entreprise rentable diversifiée dans d’autres dispositifs implantables, et des sociétés sœurs proposant des solutions de Suivi patients en ambulatoires (dont Maela , développée en partenariat avec la société Lyonnaise SWORD). Vincent Frering est assurément un self-made man, d’une constance et d’une stabilité légendaire. Il croit en la force des soignants de trouver une voie d’indépendance dans la création et la gestion d’entreprise.

Il ouvre la voie. Il montre que le salut de notre système de santé repose en grande partie sur des initiatives privées, parfois à but lucratif, pour assurer la pérennité et la croissance du système (un capitalisme éthique en santé). Il prône la nécessaire connaissance de l’entreprise par les soignants, tant pour apporter le coté humaniste des soignants de terrain que pour bâtir ensemble le futur en santé, en toute connaissance les uns des autres. Ce futur ne peut être que mixte, libéral et public et non purement administré par l’état. Il est avant tout fondé sur l’écoute des patients (et de leurs soignants de terrain) : c’est la base du marketing stratégique et exploratoire, ce que les Soignantrepreneurs ont appris avec le temps. Souhaitons que l’exemple du Dr Vincent Frering fasse école. Nous nous y emploierons grâce à l’association Soignantrepreneurs.com, qui assure la visibilité de trajectoires pour l’instant hors-normes de soignants aux initiatives entrepreneuriales. La Conclusion en est limpide : voyez plutôt ! Indépendance et créativité : son ainé, Hugo est créateur d’une entreprise de sonorisation d’espaces publics innovante: Tshoko, après des études d’ingénierie en construction et TP. Indépendance d’esprit et témérité : sa benjamine a suivi la voie qu’aurait dû suivre son paternel si sa discipline avait été plus soignée au Lycée. Après avoir engagé des études réputées d’ingénierie à l’INSA de Lyon, cette dernière s’est décidé à se tourner vers les études médicales… La cadette, pour sa part, effectue des recherches en droit à la faculté. La boucle est bouclée !

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