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Les visions et la ténacité de Walter Elias Disney: "une vie de rêves"?

Dernière mise à jour : 23 juil. 2020

Soignants, aidants, patients, soignants/patients, valides, qui que vous soyez et quelque soit votre état : prenez quelques heures de votre vie et regardez ces deux épisodes de 1h30 diffusés en ce moment sur Arte, nous racontant presque tout de la vie de Walter Elias Disney un personnage mythique de l’histoire économique des États-Unis au XXe siècle.


https://www.arte.tv/fr/videos/RC-019811/walt-disney/

Ces documentaires long-métrage racontent l'enfance, les échecs, les succès, les errements, les déceptions, en bref la vie des projets entrepreneuriaux de Walt Disney, qui a fait de son personnage une marque et au final donné naissance à « la Disney way of life ».

Le premier épisode porte sur l'émergence et la réussite des Walt Disney Studios qui consacrent le dessin animé comme un art à part entière, au moyen d’innovations époustouflantes. Il se termine sur la montée du pouvoir syndical juste avant et pendant la deuxième guerre mondiale.

Tout simplement captivant. J'ai aussitôt pris ma plus belle plume pour essayer de vous faire partager tant de fascination.

On trouve avant tout chez Walt Disney (Walter Elias Disney, WED) la frustration de ne pas avoir eu vraiment d’enfance ( mis à part quelques moments heureux en famille à Marceline, village perdu dans le Kansas, dont la main street lui est devenue emblématique), frustration à l’origine d’une créativité artistique qui marquera le XXe siècle.

En effet qui ne connaît pas aujourd'hui les studios Walt Disney, et son emblématique Mickey Mouse ?

On retient une enfance marquée par les échecs entrepreneuriaux successifs de son père auquel il s’oppose. Il est profondément marqué par cette enfance qu'il n'a pas véritablement vécue comme telle. Il se doit ainsi de se trouver un emploi dès ses 18 ans, et choisit en opposition à l’avis paternel d'être créateur de dessins publicitaires, doué qu’il était pour la création graphique. L’industrie du cinéma (où il se rend assidûment) est alors en plein essor avec passage au parlant, puis à la couleur. Il n'y avait en effet à ce moment-là pas d'autres médias (Entertainment) pouvant concurrencer dignement la radio. Comment mélanger (Hybrider) cinéma et création graphique ? Par le dessin … « animé » pardi ! il apprend alors toutes les ficelles de la création d’un dessin animé en autodidacte (et en réalise de A jusqu'à Z à ses heures perdues).

Il créée une première entreprise de production de dessins dits animés à Kansas city « Laugh-o-grams Ltd » destinés à distraire les spectateurs au cours des entractes des séances de cinéma et qui finit par capoter (escroquerie de la part du premier distributeur) mais se trouve apprécié et connu du public. Il met au point un procédé innovant où il inclut des personnages réels dans le dessin animé (« Alice in cartoonLand) ». Cela la preuve d’un esprit bouillonnant et particulièrement créatif.

Laugh-o-grams fait faillite malgré ce procédé unique et WED prend la direction de Los Angeles-Hollywood, prenant (rêve et/ ou prémonition ?) un billet de première classe avec tout ce qui lui restait.

Il forme un duo familial avec son frère Roy (installé là-bas pour des raisons de santé, et qui sans véritable ambition et vision vendait des aspirateurs). Roy et lui sont de toujours complémentaires dans une relation respectueuse dans laquelle la confiance est absolue.

La technologie permettant l'inclusion de personnages réels dans un dessin animé finit en fin de compte par convaincre une productrice new-yorkaise qui lui commande ainsi 12 dessins animés : l’Eldorado ! Il finit par convaincre son frère de tenter l’aventure avec lui et ils créent les Disney Brothers studios. L'argent rentre enfin.

Dans cette aventure entrepreneuriale Walt Disney est bien entendu le visionnaire et le leader charismatique, son frère Roy le financier et l'opérationnel, la cheville ouvrière enfin de compte.

De par son réseau et sa force de persuasion WED fait venir les meilleurs dessinateurs qu’il convainc de travailler avec lui dans sa vision (force des liens constituant son réseau de Kansas City et du Missouri – KC est à la frontière de Missouri-).

Un premier personnage nait : « Oswald » le Lapin, qui lui est commandé par les studios Universal. Ce léporide n’appartient pas au studio Walt Disney... Il est ainsi facilement dépossédé de sa créature par Universal. Et des tensions se font jour dans ses studios qu’il épuise à force d’ambition et d’un perfectionnisme absolu. Il en perd la plupart de ses collaborateurs qui passent à la concurrence.

De nouvelles difficultés financières s’amoncellent… il manque à nouveau de tout perdre.

Il lui faut se relancer, retrouver son élan créatif et il imagine alors une petite souris, Mickey Mouse, sympathique, déterminée, rebelle et malicieuse qui fera concurrence aux personnages plus imposants (et plus virils) déjà connus comme Félix le chat. Ce personnage touche au cœur les gens simples, (ordinary people) qu’il connaît parfaitement et qui ont la nostalgie de leur enfance si tant est qu’ils en aient eu une.

La métaphore de la petite souris cherchant à se faire une place dans l’industrie du cinéma face au gros chat est évidente. Il ne trouve hélas pas d’intérêt de la part des producteurs et donc de soutiens financiers.

À noter que Walt Disney n'était pas le meilleur dessinateur et le meilleur artiste que l’industrie du cartoon ait connu. Il en avait parfaitement conscience mais avait la vision de ce qu'il fallait faire pour transmettre de puissantes émotions via des dessins et notamment des dessins animés. Il avait aussi notamment compris que la qualité du son, d'abord mono puis stéréophonique était déterminante. Il obtient la licence d’un des procédés le plus sophistiqués de l'époque de restitution du son au cinéma, afin d’obtenir une synchronisation parfaite entre les images et la bande-son.

Regardez « Steamboat Willie » 1928 ! : un prodige de créativité, tant dans les images que dans la bande sonore. C’est une véritable comédie musicale/cartoon !

Il finit par trouver une salle de cinéma pour soumettre son œuvre au public : celui-ci se trouve sous le charme, subjugué par l’alliance entre la fluidité du dessin animé et la qualité de la bande-son, si bien synchronisés.

Les spectateurs en redemandent encore et encore et viennent alors plus pour voir le dessin animé que pour le film !

Puis une rencontre décisive change la donne, notamment sur le plan financier. Il établit un partenariat avec une personnalité issue du secteur commercial, Kaye Kamen, venant du monde de la publicité, avec un sens aigu de la stratégie de marque. Sa société obtient l'exclusivité du merchandising des personnages Disney qui fait alors de très confortables marges. Nombre d’objets dérivés émergent alors.

La communauté des fans de Mickey Mouse grandit rapidement jusqu’à 1 million de jeunes membres à travers les clubs Mickey et autour d’objets cultes dont la fameuse montre Mickey.

Fin des années 20, début des années 30, après la Grande Dépression de 1929, les Walt Disney Studios arrivent ainsi à donner leurs lettres de noblesse au cinéma d’animation (cartoon), véritable industrie artistique en plein essor. Tout le monde alors veut y travailler, ce d’autant qu’il est difficile de trouver du travail ailleurs !

Sortent alors les si novatrices "Silly Symphonies", » en couleurs sur une bande son musicale « classique » : un enchantement graphique et sonore !

Puis survient chez WED, épuisé par tant d’efforts créatifs (il est hyperactif), une déshérence d’inspiration qui se traduit par la baisse des marges des studios… Une prise de distance avec son milieu professionnel s’impose, conseillée par ses médecins tant la crise est profonde entre la dépression et le burnout. Il prend ainsi de premières véritables vacances.

Et comme à l’accoutumée chez l’hyperactif en vacances -on ne se refait pas- lui vient alors l’idée saugrenue d’un divertissement long-métrage/cartoon, ce qui ne s’était jamais fait : "Blanche Neige et les sept nains". Il en imagine les moindres détails qu’il raconte alors à ses collaborateurs dans le plus grand secret et dans une représentation solo en nocturne devenu mythique , jouant tous les personnages et toutes les scènes. Déjà une véritable œuvre de mise en scène !

Il introduit dans « Blanche Neige » (1938) la sophistication de couleurs éclatantes fidèlement travaillées, avec des procédés destinés à restituer un réalisme absolu dans le mouvement et les émotions faciales. L'observation de sujets vivants amenés sur le studio même permet au groupe des dessinateurs de parfaire leur art, ce qui est une révolution dans le monde des cartoonists.


Le succès de Blanche Neige est fulgurant...tout cela après un travail exténuant et le triplement des budgets de production.

Les productions Fantasia et Pinocchio, font suite et sont beaucoup moins rentables à court terme, bien que fructueuses sur le long terme.


L’introduction en bourse est alors décidée pour financer une future croissance.

La contestation syndicale montre ses dents à l’orée de la deuxième guerre mondiale. L’industrialisation à outrance, la hiérarchisation complexe et rigide des studios créant des tensions majeures, WED, bien que profondément humain et paternaliste s’éloigne de collaborateurs au bas de l’échelle, qu’il côtoyait si naturellement.

Il tente en vain de résoudre le problème mais finit par baisser les bras. Il prend la fuite au cours d’une tournée providentielle en Amérique du Sud et laisse son frère Roy résoudre le problème.

Se clôt alors le premier épisode de la série.

En définitive, WED peut être perçu comme intégrateur sociologique de la demande de rêves d’enfance d’un public américain sinistré par les temps de guerre (WWI et WWII) et la crise économique de 29 qui lui est associée.

Sa vision correspond à une demande forte de sa part mais aussi de la part du public. Il sait s’y conformer. Et il met en adéquation ce qu'il est avec sa vie personnelle et professionnelle. Sa vie est d’imaginer, de raconter et de rendre véridiques des histoires par le biais de personnages fictionnels et animés, aujourd'hui devenus iconiques. Il incarne au mieux ce projet, nourri par une détermination sans faille.

Une question de fond demeure sur le plan stratégique : que faisait vraiment WD Studios ? En d'autres termes pouvons-nous cerner ce qui les rendait unique ?

Raconter des histoires avec des personnages sympathiques et des moyens techniques faramineux ? Est-ce vraiment cela ?

Lorsqu’on regarde pour la première fois ou bien à nouveau "Steamboat Willie" ou les "Silly Symphonies", il est frappant d’être encore et toujours embarqué par la force de ces productions parfois vieilles d’un siècle (vous avez bien lu : un siècle).

Quelles en sont les raisons fondamentales ?

Ce que faisaient et ce que font encore les studios Walt Disney, est bien différent à mon sens d'un simple story telling . C’est la capacité à vous faire retrouver un état contemplatif enfantin, proche de la veille créative (la rêverie). c'est aussi de vous faire retrouver l’innocence et l’optimisme de votre enfance, lorsque vous avez eu la chance d’en avoir une, de surcroît heureuse (ou lorsque vous voulez en trouver une et que vous la fantasmez).

L’ADN de la société Walt Disney Studios est de pouvoir vous toucher avec des personnages non réels, d’allure humaine ou animale dont l’animation, c’est-à-dire les mouvements, les couleurs, les contours, les textures, les voix, les expressions faciales vous mettent en état de synchronisation avec ces mêmes personnages. Ce phénomène est parfois conscient et très souvent inconscient, proche de l’hypnose (voir le passage de Bambi où celui-ci perd son innocence en comprenant de son père qu’il ne reverra jamais sa si tendre mère). Ce phénomène est d’autant plus poussé que vous assister à une véritable séance de cinéma dans une totale obscurité et au contact de congénères, parents, enfants, familiers ou non. Une certaine forme de cinéma, "hypertrophiée", une sorte "d'hyper cinéma".

Pour être précis, on remarque que les personnages ont souvent de grands yeux avec une conjonctive marquée pour mieux captiver les animaux sociaux que nous sommes p.e. Quand ce n’est pas le cas les personnages ont une bouche immense, mobile et expressive comme celle de Mickey Mouse. Les sourcils sont souvent marqués et là-aussi très mobiles. On retrouve aussi la gestuelle des mains qui ajoute à la capacité de transmission des émotions. L’exemple typique est celui de Blanche Neige. Et surtout des sept nains auquel nous nous identifions très facilement (il y en a sept, pour tous les goûts). L’identification, voilà le fond de commerce de Walt Disney studios. Nous nous transposons si facilement dans ces personnages si profondément émouvants.

Walt Disney a compris cela avant les autres.

Pour preuve l’effet de peur ou de surprise chez les enfants étaient tels que les séances de cinéma avec " Blanche Neige "que certains enfants ne pouvaient retenir leurs besoins et tachaient les sièges de cinémas !

C’est ce que fait Disney studios depuis toujours. Un peu loin de l’idée que l’on a de l’industrie du cartoon. Cette capacité de synchronisation/empathie émotionnelle avec les personnages animés est l’âme de ce type de divertissement.

L’identification aux personnages ou aux situations qu’ils traversent crée des liens puissants entre spectateurs, ainsi que des liens intergénérationnels. C'est encore le cas aujourd’hui bien que nos enfants ne connaissent plus vraiment blanche Neige et Bambi, plus centrés sur Dragon Ball Z et/où Naruto.

L’aboutissement de la vision de Walt Disney s'incarne par la suite (2eme épisode) dans la création du premier parc d’attractions à thème à Anaheim, près de Los Angeles. Un pas supplémentaire pour rentrer dans les films des WD Studios, en totale déconnexion du monde réel.

Un exemple édifiant d'utilisation du Design Thinking où Walt Disney lui-même, s'étant pris de passion pour les chemins de fer miniatures et devenant insupportable, fut fortement incité à visiter le congrès Américain du chemin de fer. Il en revient totalement émerveillé et des idées plein la tête. De manière analytique on voit la nécessité de décloisonner les secteurs économiques lorsque le besoin s'en fait sentir.

Il crée alors dans son propre jardin l'ébauche (autour d'un chemin de fer miniature extraordinaire) de ce qui va devenir le premier parc d'attraction à thèmes. Un laboratoire d'expérimentation où il va trouver les ingrédients nécessaires à la réalisation de son projet.


Il va là aussi manquer d'y laisser sa chemise et sa vie, mais la légitimité acquise par ses succès précédents lui confère la capacité d'aller aussi loin dans le divertissement. Un accord pour une série d'émissions télévisées avec ABC se déroulant à ce qui s'appelle alors Disneyland avec une flopée d'acteurs, dont R.Reagan, assure son business model.


Dans ces parcs d'attractions à thèmes on s’immerge ainsi dans le monde de Disney et on partage avec petits et grands l’expérience des rêves de leur créateur, bien que parfois éloignés de la réalité et un peu mièvres.

Le deuxième épisode racontant cette innovation majeure est lui aussi fascinant bien qu’un plus convenu. Plongez-vous encore dans ce documentaire prolongeant l’enchantement. Un rêve devenu réalité, un leitmotiv que l’on retrouve aussi chez Disney : ‘a dream comes true » !


Une série de deux documentaires long-métrage que tout créatif ou entrepreneurs créatifs voire entrepreneurs de la créativité, ou de la communication devrait avoir vu.

À montrer dans les écoles de management dont l'innovation et la créativité sont les fers de lance?

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